A l’Ecran : Laurette 1942 de Francis Fourcou

Le réalisateur toulousain, Francis Fourcou a réussi la prouesse de tourner une docu-fiction qui rend hommage aux femmes de la Résistance. « Laurette 1942 » raconte l’histoire de cette jeune résistante et des camps de réfugiés durant la seconde guerre mondiale, dont celui du Récébédou près de Toulouse.

 

Laurette3Nous pourrions trouver une similitude avec ce qui se passe aujourd’hui au Moyen Orient avec le drame syrien, mais aussi kurde et la question iranienne. La fuite des populations menacées lors de la seconde guerre mondiale ressemble étrangement à ce qui se déroule aujourd’hui sous nos yeux «cinq cent mille migrants en dix jours, c’est ce qui s’est passé en février 1939. Les causes sont les mêmes avec l’utilisation de la force armée contre les populations civiles à des fins militaires. Il s’agit de désorganiser l’adversaire» précise le réalisateur. C’est lors de la projection de son documentaire sur les gens du voyage au Récébédou que Francis Fourcou découvre le livre de Laurette Monet « Les miradors de Vichy». Née alors l’idée de faire un film «je connaissais tous les camps, j’avais déjà écrit un film sur cette période si particulière de 1939. Le moment où en quelques mois, tant de gens passent la frontière. Une partie de ma famille habitait la Catalogne française, venant d’Espagne des siècles avant, et ayant fui l’inquisition parce qu’ils étaient protestants».
Il est touché par le récit de cette jeune femme protestante engagée dans la guerre «alors qu’elle n’a que 19 ans qui n’a pas la majorité civile et civique, me paraissait exemplaire. C’est l’histoire de la Résistance civile des femmes, sans laquelle il n’y aurait jamais eu de résistance armée».

 

Laurette2Réhabiliter le rôle des résistantes

Francis Fourcou a souhaité mettre en lumière le rôle essentiel qu’ont joué les résistantes. Il raconte «c’est tellement plus porteur de montrer des hommes en armes qui font sauter je ne sais combien de divisions allemandes ! Mais, derrière tout cela, il y a toutes ces femmes qui ont été les premières à s’engager». Il a rencontré une figure régionale de la Résistance, à savoir, Angèle Bettini qui avait jeté, avec des camarades, des tracts lors du passage de Pétain à Toulouse le 5 novembre 1940 «Angèle est une résistante de la première heure qui a été internée au camp du Récébédou avec à ses côtés d’autres indésirables comme les tziganes, les antinazies allemandes, juives, républicaines espagnoles. Angèle connait la valse des camps, comme elle dit d’un ton léger». Joël oudot, co-animateur de l’émission Traversée sur Radio Occitanie a vu le film «quand on regarde les noms des compagnons de la Libération on peut s’étonner du petit nombre de résistantes citées ». Francis Fourcou confirme cette observation « elles sont six sur mille trente-huit ». Joël ajoute « je trouve qu’il fallait faire ce film par rapport au rôle des femmes dans la Résistance, mais aussi pour mieux comprendre notre histoire. La manière dont le film a été conçu, en croisant à la fois les témoignages et une reconstitution historique est très réussie ».
Le réalisateur note la force de conviction de Laurette Monet « elle a 19 ans, elle a besoin de l’autorisation de sa mère pour rentrer dans les camps. C’est un acte d’engagement fort. Je crois qu’aujourd’hui, nous avons tous besoin de cela. S’engager quelque part, c’est le début de la Résistance».

 

Laurette

 

L’archevêque Saliège à l’honneur

A travers cette docu-fiction, c’est aussi ‘action de la CIMADE qui transparait « les protestants ont joué un rôle important durant la seconde guerre mondiale ». Pour la partie fiction, Francis Fourcou a fait appel aux comédiens du théâtre du Pavé « cela faisait longtemps que je voulais travailler avec Francis Azéma, Corinne Mariotto et Maurice Sarazin. Ce dernier fait une composition du cardinal Saliège totalement inédite. Symboliquement, il était important de donner un écho fort à l’homélie que Saliège, l’archevêque de Toulouse qui rédige cette homélie en août 1942 pour protester contre les scènes d’épouvantes qui ont eu lieu dans les camps de Noé et du Récébédou. Ce discours a un écho extraordinaire, il parcourt toutes les paroisses de France. Saliège lui-même se déplacera dans beaucoup de paroisses pour assister à la lecture de ce texte, souvent sous la menace de la milice. Son discours va jouer un rôle très important dans la fermeture du Récébédou en septembre 1942. Laval demande sa tête au pape Pie XII, mais ce dernier ne répondra pas ».
Un film à voir

Christian Moretto journaliste à e-volutionsmag Radio Occitanie et TVSOL
En mémoire des tziganes déportes