Christian Moretto – entre humanisme et biodiversité

Ecologiste dans l’âme depuis l’âge de 19 ans et défenseur de la biodiversité, Christian Moretto est un homme libre. Libre dans ses choix, libre dans sa tête, libre dans ses mots puisqu’il n’hésite pas à afficher clairement ses pensées et prises de position, dès lors que l’humain et son bien-être sont mis en danger. Christian Moretto est un humaniste convaincu de la nécessité de certains combats, surtout lorsqu’ils sont justes et emprunts de bienveillance, pour que nos actes de transmission aux générations futures soient des actes responsables, vecteurs d’éthique et de vérité.

Mise en danger de la biodiversité

A l’évidence, il n’aime pas certaines multinationales jugées trop inféodées au système, entendons par là le monde de la finance, trop synonyme, selon lui, de profit et de rentabilité, bien souvent au détriment de l’humain et de son devenir. Deux mondes en opposition, reconnait-il, tant au niveau des objectifs que des enjeux, « d’un côté il y a celui de l’humain avec un grand H et de l’autre celui de la finance avec un grand F mais je ne fais pas ami-ami avec ce dernier car il n’est pas neutre, nous sommes dans l’économie virtuelle, dans le déshumanisé puisque l’on cherche à noyer l’humain dans la masse, à l’instrumentaliser… ce qui appelle un certain nombre de questions et de réflexions ».

Mais par delà les interrogations portant sur la nature incertaine de notre avenir, ou sur la capacité des dirigeants du monde à entreprendre à l’unisson les réformes durables et indispensables pour limiter les risques alarmants annoncés, les priorités de Christian Moretto sont tournées vers les actions à mener pour répondre aux nécessités écologiques, au sociétal, à la solidarité, à la défense du vivant et à une lutte contre le dictat de ceux qui privilégient le pouvoir et le profit au détriment des urgences de la planète.  En effet, ne nous y trompons pas, il n’y a pas de plan B pour la survie des espèces tout simplement parce qu’il n’y a pas de planète B.

Préserver, restaurer la biodiversité obéit aux priorités et du reste le mot, à lui seul, les résume car n’entendons-nous pas biologie et diversité, deux fondamentaux pour que la vie s’épanouisse.  Mais la biodiversité va au-delà puisque cette notion intègre les interactions qui existent entre les différents organismes, tout comme les interactions entre ces organismes et leurs milieux de vie. D’où sa complexité et sa richesse. La biodiversité s’exprime au niveau des idées, au niveau de l’humain, au niveau de la production.

Au nom du mieux être, mieux vivre

« En prenant de l’âge, j’ai appris à me poser les bonnes questions » confesse Christian Moretto qui reste un militant du vivant à l’âme humble, car il mesure l’ampleur du travail nécessaire pour sensibiliser le public ; éviter les dérives en tous genres orchestrées par quelques puissants, « un travail sans relâche » dit-il. Et lorsqu’on l’interroge sur le poids des actions écologistes et leurs avancées il répond  que militer pour la vie est important, en revanche il déplore que l’on essaie de coller à l’action écologiste une image un peu caricaturale de refus du progrès ou de doux rêveurs «  certains voudraient laisser croire que nous souhaitons presque de revenir à la bougie …  Et ce discours anti-progrès reste dominant, y compris à l’égard de certains scientifiques, notamment ceux qui combattent la culture des OGM en plein champ, comme Christian Velot, dont les moyens financiers destinés à la recherche ont été diminués ». Il évoque également le cas de Gilles-Eric Seralini, dont les résultats d’études sur le roundup ont été dénoncés par quelques lobbies après leur publication dans une célèbre revue scientifique. Christian Moretto illustre sa pensée en citant Christian Velot : « Certains ont tendance à confondre modernisme et progrès ».

Comment tirer son épingle du jeu  et se faire entendre face aux décideurs politiques qui n’arrivent pas à suivre une ligne directrice commune?

C’est bien le cœur du problème car pouvoir et argent vont ensemble. Mais je citerai le conte de Pierre Rabhi «  la part du colibris ». Ce qui veut dire que chacune et chacun nous avons un pouvoir, et ce pouvoir il faut l’utiliser à bon escient. Mettre un bulletin de vote dans l’urne ne suffit pas, il faut aller au-delà, être acteur de sa vie et le faire savoir.  Je peux citer  l’agriculture comme bel exemple. Si  l’on va acheter chez des petits producteurs au lieu d’aller dans une grande surface, si je mets en lien mon porte-monnaie avec l’action d’acheter, c’est déjà un pouvoir, un choix délibéré de fonctionnement. Si au lieu de donner cet argent à un grand groupe de l’agro alimentaire, je change mon circuit de consommation, si chacun de nous fait ça, nous agissons dans le bon sens paysan. Et le paysan c’est celui  qui est amoureux de la terre, celui qui est en relation avec le sol, avec les éléments, qui est au milieu de ses cultures, qui écoute, qui partage… son métier est noble puisqu’il nourrit les êtres c-moretto-et-c-serreauvivants. Aller dans ce sens c’est agir, tous nos actes au quotidien nous déterminent, ce ne sera certes pas suffisant  comme action mais c’est déjà un pas en avant… Et puis ensuite il y a les politiques et leurs volontés que nous pouvons cautionner ou ne pas cautionner. Nous avons ce libre arbitre.

La liberté, plus qu’un mot, une façon d’être.

Et cette liberté Christian Moretto la revendique et la prolonge dans ses interventions médias. Tout d’abord au sein d’une radio libre Toulousaine, Radio Occitanie, créée il y a plus de 30 ans par Guy et Hélène Mimart, défenseurs de la langue occitane et de sa culture. Christian Moretto évoque cetteles enfants de la garonne époque des ondes libres avec un brin de nostalgie car cette liberté préservée à Radio Occitanie est  devenue presque rare dans les médias. Lui, peut encore dialoguer avec ses invités sans grande astreinte de minutage, en toute simplicité et sur fond de convivialité mais est-ce le cas partout ?. Cet échange il y tient car il aime parler vrai, entendez par là, parler des vraies choses de la vie, de celles qui nourrissent notre quotidien ou parfois le laminent. Mettre des mots sur les maux, échanger les idées, aller jusqu’au bout de la parole sans risque de censure… « une attitude rare », avoue-t-il. Mais Christian Moretto évoque aussi avec passion son engament bénévole dans TVSOL une télévision à vocation solidaire, résolument tournée vers l’humain et ses belles actions, ou encore ses articles de presse dans Human et Terre, ses chroniques à TLT (télé Toulouse), toujours au nom d’une liberté de dire et de partager, qu’il juge précieuse. Quant à son regard sur les médias, il le résume ainsi « sur les plateaux c’est souvent l’animateur ou le journaliste qui se met en lumière alors qu’en principe ce devrait être l’invité, sans oublier les temps de parole qu’il faudrait donner ».

Mais le genre dans lequel Christian Moretto  s’identifie le mieux reste sans doute l’écriture, entre coups de gueule, romans ou poésie, le dénominateur commun reste le partage et l’authenticité de ce défenseur de la vie et du bien, pour lequel l’amour reste le plus beau ces ciments pour éviter que le monde ne parte à la dérive.

Nicole Morgan

 

Publications

– Une bouteille à la mer, recueil de poèmes paru en 1994, chez l’Arbre à Poèmes;
– Toulouse chronique d’un désastre annoncé fin 2001,  co-écrit avec Henri Farreny, aux éditions Cépadues
– Guide des marchés de plein vent co-écrit avec Véronique Labre en 2006, chez Empreinte éditions
– Les enfants de la Garonne illustré par Véronique Labre-Moretto paru en 2011 chez Majarogi
– Comment nous résistons à Monsanto co-écrit avec Jacques Dandelot, paru en 2014 chez Le Vent se Lève
– Coordonne plusieurs tommes des Mots en toute liberté, recueils de poèmes et nouvelles publiés par le Comité d’Etablissement de la CARAT Midi-Pyrénées