Dave Barbarossa – De ses débuts avec Adam and the Ants jusqu’à Cauldronated

Le jeu de batterie de Dave Barbarossa, quelque peu tribal, restitue sans doute les univers culturels et musicaux dans lequel il a évolué depuis l’enfance… Il se définit lui même comme un musicien expérimental qui aime créer différents motifs et textures. Son style est devenu une référence, et bien qu’il ait traversé trois décennies aux côtés de groupes emblématiques comme Adam and The  Ants, les Bow Wow Wow, Republica, Chicane, Adamski et quelques autres collaborations, l’homme est resté humble, porté par sa créativité, son sens de l’unicité,  les yeux résolument tournés vers l’avenir, même si toute son énergie semble aujourd’hui centrée sur son nouveau groupe techno-punk, pour lequel il a concocté une étrange mixture entre rythme obsédant, groove et ligne vocale. Mélangez le tout et vous obtenez CAULDRONATED,

Une chose est certaine, l’environnement dans lequel on évolue conditionne une vie. Il est des lieux qui, à l’âge adulte, n’existent plus que dans les souvenirs alors que d’autres laissent une trace, s’insinuent dans nos veines presque à notre insu et sculptent notre âme.
Arpenter  les rues de Hackney, au nord est de Londres, c’est un peu revenir à la source de ce qui a probablement façonné la personnalité de Dave Barbe. Refaire le chemin à l’envers pour essayer de comprendre. Les noms de rues sont restés les mêmes, les églises et les écoles sont encore là, mais quatre décennies de réaménagement ont falsifié l’histoire des lieux devenus totalement méconnaissables. Il y règne toujours la même ambiance, on y retrouve le même mélange de gens et de genres, mais le temps de la révolte semble révolu. Cela ressemble à une tranche de l’histoire sociale dans la mouvance des années 70/ 80, sur fond d’autobiographie.

Le quotidien du jeune Dave s’est nourri de mixité entre racines d’immigrés, jamaïcains, juifs et irlandais dans un lieu très urbain et animé, un rien déjanté. Rien d’étonnant à ce que ce brassage de cultures fasse son oeuvre, suscite l’éveil et la curiosité, échafaude des rêves à dimension musicale et des envies d’ailleurs, car l’environnement impacte, malaxe, façonne, surtout quand on a un père fan d’Américaine Latine. Comment dans ce contexte ne pas s’approprier le sens du rythme. D’autant que dans les années 70 nous étions en plein Glam. Le Glam Rock ne s’est pas juste illustré à coup de frasques vestimentaires, entre soie et velours frappé rehaussés de platform boots (chaussures à semelles compensées), il a surtout marqué de son estampille le rythme musical. Dave Barbe a grandi avec T REX, Marc Bolan, Suzie Quatro,  Gary Glitter… et ses héros d’alors s’appelaient Jon Bonham, Ian Pace, Ginger Baker… Toutefois peu attiré par les aspects purement techniques de la batterie Dave imposera très vite son propre style.

Comment a-t’il choisi cet instrument à moins que l’instrument en question ne l’ait choisi… Quels souvenirs garde t-il de la scène punk avec les ANTS ou de son expérience avec les BOW WOW WOW ? Quel regard porte-t-il sur le passé et ses diverses expériences ? Comment en est-il arrivé à CAULDRONATED et sur quels projets au pluriel travaille t-il ? Car Dave Barbarossa n’est pas que musicien, il écrit.
Je retiens cette phrase envoyée dans un mail, avant qu’il ne se prête avec une infime gentillesse au jeu des questions -réponses… « I will endeavour to look for beauty any where I can » (Je m’efforcerai de rechercher la beauté partout où je le peux).

NM : Vous avez commencé à jouer très jeune, quand vous êtes-vous intéressé à la batterie? Jouez-vous d’autres instruments ? 

DB : Je n’étais pas si jeune que ça, j’avais 15 ans je pense. Je connaissais un gars qui avait un kit de batterie dans son salon. J’ai tout de suite eu le déclic, ça m’a plu. Je joue aussi des percussions. Les autres  instruments ne m’intéressent pas vraiment, J’ai déjà assez de fil à retordre avec le mien, ha ha.

NM : Avec le recul, pensez-vous que le groupe dans lequel vous jouiez au collège « Desolation angels » a été un élément déterminant du point de vue musical pour vos débuts ?
DB :
 Je n’ai jamais été au collège, j’ai quitté l’école à 15 ans. Desolation Angels était un groupe de copains qui faisaient de la musique dans le hall d’entrée de l’école. Dès qu’une opportunité se présentait pour  jouer de la batterie, je la saisissais.

NM : Est-ce que le fait de jouer avec Adam Ant vous a fait entrevoir la musique différemment?
DB : Oui, bien sûr. C’est un super musicien et un leader. Il a changé ma vie.

NM : Quand vous écoutez ces albums faits avec lui, comment les percevez-vous ?
DB : Je suis un peu embarrassé, comme si vous regardiez une photo de vous quand vous étiez jeune. Les années nous changent. En revanche je suis très fier d’avoir joué dessus.

NM : Que gardez-vous de votre expérience dans Adam and the Ants?  Y-a-t’il quelque chose que vous feriez différemment aujourd’hui ?
DB : je ne changerais rien. C’était génial. Un réel privilège de jouer à une époque très excitante sur le pan culturel et artistique en Grande Bretagne.

 NM : On dit que Malcolm Mc Laren avait préparé un coup-monté et joué un rôle majeur dan la séparation du groupe, mais à quel moment vous-êtes vous dit, « c’en est trop » avec les Ants.
DB :
 Vous parlez, je pense, de ‘Malcolm McClaren’ le manager des Sex Pistols, le designer du punk rock, le propriétaire de ‘Sex’ and Seditionaries, la boutique de  fringues avant-gardistes qui se trouvait à   Kings road.
Oui, Adam avait demandé à  Malcolm de diriger une vidéo pour lui, Malcolm nous as vu (je parle du reste du groupe des Ants) et a pensé que nous avions du potentiel. Il a orchestré la rupture avec Adam et nous sommes devenus les Bow Wow Wow. Malcolm m’avait dit que je pouvais avoir le devant de la scène et non rester au second plan. Quand quelqu’un comme ça vous incite à tenter votre chance, vous le faites. .

NM : Vous avez récemment joué avec Adam, qu’avez-vous ressenti en vous retrouvant avec lui sur la même scène ?
DB : C’était super. Pas comme c’était à la fin des années 70  mais un réel privilège de rejouer ces chansons à nouveau. Je pense que je ferai quelques show supplémentaires avec Adam, oui.

NM : Vous êtes à l’origine de ce fameux son « tribal » à la batterie  « Tribal » (notamment chez les Ants), qui en a influencé beaucoup. 
DB : Je pense que je l’ai toujours eu en moi. J’ai grandi en écoutant de la musique latino-américaine, mon père était un immense fan de ce genre de musique.  Le glam rock des années 70 était véhiculait pas mal ce côté tribal. Malcolm m’a aussi  inondé de musiques du monde plus insondables. C’est de cette chimie qu’est né  mon son.

NM : Au milieu des années 70 la Grande Bretagne avait la réputation d’être un pays où l’on s’ennuyait franchement, quel regard portez-vous sur l’arrivée de la scène punk à Londres, et le nouveau souffle de rébellion exprimé par la jeunesse ?  
DB : La période Punk a créé une brèche dans le gris du ciel. Elle a insufflé la confiance et encouragé l’auto-expression. Son influence fait encore écho aujourd’hui. J’ai eu de la chance d’être là au bon moment.

 NM : Pensez-vous que le punk et la New Wave ont changé votre manière d’appréhender la batterie ?
DB : Oui, Je joue encore comme si quelqu’un allait éteindre l’électricité à tout moment.

NM : Vous avez fait partie de Bow WowWow, Republica, Chicane, Adamski, entre autres… et été confronté à des styles très variés… dans lequel votre créativité s’est-elle le plus épanouie ?
DB :
 Je pense que Bow Wow Wow était davantage « mon » groupe. Il était vraiment dominé par le son de la batterie. ‘Cauldronated’, mon groupe actuel possède une étique similaire, bien que le son soit différent.

NM : Y a-t-il quelqu’un dans le métier avec lequel vous aimeriez jouer ?
DB :
 Erm,…non pas spécialement. J’attends toujours la rencontre fortuite.

NM : Sur votre site  Horse Brothers (l’une de vos dernières formations) n’est pas mentionné, y a t-il une raison à cela ? (Vous pouvez utiliser un joker)
DB : Horse Brothers était un super groupe, mais n’existe plus malheureusement. Nous nous sommes séparés il y a trois ans. Mon site n’est pas à jour. Les médias sociaux/la technologie, ne sont pas des domaines où j’excelle particulièrement.

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NM : Il y a quelques mois vous m’aviez parlé d’un projet en cours très excitant et aujourd’hui on vous retrouve dans un nouveau groupe techno-punk appelé CAULDRONATED, pouvez-vous nous en dire plus sur cette nouvelle formation ?
DB :
 Oui, je joue mon style sur des synthés préalablement enregistrés. L’approche est très technique; je joue avec beaucoup de battement, de rythmes et de texture associé à du numérique. Nous avons une super chanteuse, Eva Menon, qui rend les live très envoûtants. Un mini album sort fin juillet sur le label  ‘Hottwerk’.

NM : Dans  CAULDRONATED il y a « Chaudron » (Cauldron), au sens figuré, il peut signifier « situation délicate »,  faut-il voir une double interprétation derrière le choix du nom ?
DB : David Harman joue des synthés et produit, Eva est au chant et écrit les textes, il y a moi, ma batterie, on a mis tout ça dans un chaudron (cauldron en anglais) et on mélangé.

NM : Considérez-vous CAULDRONATED comme un projet solo ?
DB : Non, ça ressemble beaucoup à  Bow Wow Wow – dans la mesure où la batterie y occupe une place importante.

NM : Quel en a été l’accueil  ?
DB :
 Excellent. Les concerts sont toujours géniaux, et comme je l’ai déjà mentionné, un mini album intitulé  ‘Buy This Thing’ va bientôt sortir, ainsi qu’une vidéo.

NM : Vous êtes musicien professionnel depuis 30 ans, avez vous vécu des moments de pressions avec un label ou dans l’industrie musicale ? Quels sont vos choix aujourd’hui ?
DB :
 La vie est faite de pressions. C’est juste la manière de les gérer qui compte. A titre personnel, je m’emmerderais vraiment si j’étais dans une constante plénitude, alors allons-y.

NM : Votre premier roman, ‘Mud Sharks’, est sorti en Octobre 2012 et a été salué par la critique, avez-vous d’autres projets d’écriture ?
DB :
 En ce moment j’écris mon second roman. Si le premier me rapporte suffisamment, je pourrai soudoyer les critiques pour qu’ils aiment aussi celui-là.

 NM : ‘Mud Sharks’ s’est inspiré d’une partie de votre vie et enfance, parlez-nous du personnage qui y figure, Harry ?
DB :
 Harry s’est vaguement inspiré de mon vécu; de mon enfance, de ma famille, de mon environnement, du temps où j’étais à l’école et des débuts du punk rock. Il faut le lire.

NM : Vous semblez être quelqu’un de très sensible et droit, n’est pas trop difficile à concilier lorsqu’on est dans la musique ? 
DB : Le métier a été créé pour des tarés comme moi.  

 NM : Quels sont vos projets pour le futur ?
DB : Comme tout bon Vulcain qui se respecte, je veux vivre longtemps et prospérer.

Propos recueillis par Nicole Morgan
Un grand merci à  Dave Barbe pour son accueil et sa disponibilité.

 

Liens

barbarossabeat.com
facebook.com/dave.barbarossa
ignitebooks.co.uk

VIDEO : IBOSSA BY CAULDRONATED

CAULDRONATED – A PUNKY DRUM-CENTRIC TECHNO ADVENTURE FEATURING:
EVA MENON: VOCALS
DAVID HARMAN: SYNTHS AND PRODUCTION
DAVE BARBAROSSA: DRUMS

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