Eco-Emballages combat le gaspillage et favorise le recyclage

Interview : Nicole Morgan  – Réalisation : Stéphanie Hubert

L’activité industrielle n’est pas sans incidence sur notre environnement à cause des volumes de production qui se calquent sur la hausse de la population mondiale. Pendant longtemps, les entreprises n’ont pas eu à verser de compensation pour leurs effets parfois dévastateurs. Finalement, l’idée du principe pollueur-payeur (PPP) est apparue en 1972 au sein de l’OCDE afin de responsabiliser les entreprises, en leur faisant prendre en compte leur impact sur l’environnement dans leur coût de production. Ce fut la première étape du processus de protection de l’environnement à grande échelle. En 1987, le PPP est reconnu officiellement par l’Union Européenne puis par l’ONU en 1992 à Rio.

C’est précisément en 1992, il y a 23 ans, qu’Eco-Emballages a été créé afin de combattre le gaspillage et favoriser le recyclage. Son premier slogan étant « un emballage trié n’est plus un emballage perdu ». Bien plus qu’un organisme de veille, Eco-Emballages est une entreprise d’expertise, de conseil, d’accompagnement et de sensibilisation auprès des collectivités, des entreprises et du grand public, engagée pour l’intérêt général puisque elle organise le dispositif national du tri et du recyclage.

Nous avons rencontré Laure PODDEVIN, directrice régionale d’Eco-Emballages pour le Sud-ouest (Aquitaine – Midi-Pyrénées). Elle évoque les différentes missions d’Eco-Emballages, les engagements de l’entreprise, les nombreux outils mis à disposition.

im1Les premières missions d’Eco-Emballages
Eco-Emballages est une société 100% privée, 100% d’intérêt général  et notre mission consiste à apporter un service aux entreprises pour les aider à assumer cette responsabilité fixée réglementairement, à savoir, assurer la fin de vie de leurs emballages. On parle bien de fin de vie, de recyclage et non pas de fabrication. Notre mission est cependant très large et pour en parler j’aime bien revenir un petit peu en arrière. L’histoire d’Eco-Emballages remonte à une vingtaine d’années au moment où il y a eu une vraie prise de conscience de la pollution occasionnée, notamment par nos emballages. Il y a 20 ans les déchets se multipliaient du fait de la grande consommation, des changements de manière de vivre, des hyper-marchés etc… Nos installations de gestion de déchets relevaient davantage d’installations d’élimination et de stockages vieillissants, qu’il était nécessaire de moderniser. En parallèle, la notion de pollueur-payeur avait commencé à émerger dans les années 70. Elle nous disait que cette conscience environnementale n’était pas uniquement franco-française, mais mondiale car liée aux premières grandes catastrophes écologiques, d’où la notion de dire que celui qui pollue, qui a un impact sur l’environnement doit travailler, soit en évitant cet impact, soit en le réparant.

Le pollueur = Le payeur
Concernant l’emballage c’est bien l’habitant qui consomme, déballe son produit et pollue puisque c’est lui qui élimine son emballage et en a la responsabilité, mais pour autant, l’habitant seul ne peut rien faire s’il n’y a pas de poubelle jaune à sa disposition pour faire son tri. Par ailleurs, ce n’est pas lui qui conçoit l’emballage, il en est tributaire, donc un principe de responsabilité élargie est venu s’ajouter au principe du pollueur-payeur. C’est le producteur, ce sont les industries qui conçoivent les emballages et mettent le produit en vente, qui doivent aider l’habitant à assumer cette responsabilité. C’est ce que l’on a appelé la responsabilité élargie du producteur (la REP). Elle s’est tout d’abord développée auprès des emballages et concerne aujourd’hui 17 filières en France. C’est l’origine de notre mission.

Deux entreprises françaises innovent et inventent le concept d’éco-organisme
Nous sommes en 92, le principe de pollueur-payeur est défini, nous devons aider l’habitant à assumer cette responsabilité et le ministre de l’époque, Brice Lalonde demande des rapports et travaille avec des industriels, dont Jean-Louis BEFFA de Saint Gobain, fabriquant d’emballages et Antoine RIBOUD, président de Danone à l’époque, donc deux gros metteurs en marché de biens de consommation très courante. Ils ont produit un rapport signifiant qu’ils étaient prêts à prendre chacun dans leur domaine leur part de responsabilité mais pas sous forme de taxe, à l’image de la vignette auto, pourquoi ? Parce qu’une taxe est un prélèvement qui peut être affecté à tout autre chose que ce pourquoi elle est prélevée.
2Donc le choix a été de dire : Nous prenons en main le problème, mais nous ne voulons pas payer de taxe, nous créons un nouveau modèle qui s’appelle un éco-organisme, nous payons cet éco-organisme qui va s’occuper de piloter et de déployer le tri sélectif en France. C’est notre mission chez Eco-Emballages. Une véritable innovation pour l’époque car des entreprises parfois concurrentes avaient peu l’habitude de travailler ensemble à des fins communes sous l’égide de l’Etat. Ce fut l’une des premières formes de partenariat public/privé dont on parle beaucoup aujourd’hui.

Eco-Emballages au service des entreprises
im11Dans le texte fondateur, qui date de 1992, il est offert 2 possibilités aux entreprises. Elles ont la possibilité de s’organiser elles-mêmes pour récupérer leurs propres emballages, ou de s’unir pour contribuer à un dispositif commun. C’est ce que l’on appelle la solution mutualisée, c’est celle dont nous nous occupons. Notre société a une forme juridique un peu particulière puisque nous sommes une SA, donc nos actionnaires sont bien des industriels mais dans un cadre réglementaire, agréés par les pouvoirs publics et dotés d’une mission d’intérêt général (100% privée / 100% d’intérêt général), ce qui constitue une innovation, et de plus à but non lucratif, tout l’argent est réinvesti sur la collecte sélective.

Quels sont les enjeux de l’industrie du recyclage ?
Les entreprises sont présentes aux deux bouts de la chaîne, et en 20 ans de vraies filières ont été créées au niveau national et européen. Le recyclage du verre date d’une quarantaine d’années, celui du métal n’était pas forcément développé pour les emballages ménagers mais pouvait l’être au niveau industriel, en revanche le recyclage des flacons et des bouteilles en plastique, n’existait pas. Ce qui a eu pour effet de créer des emplois. Le recyclage pour les emballages ménagers est fait à 98% en France et en Europe. Nous sommes vraiment dans l’écologie circulaire, l’emploi local. Aujourd’hui une bouteille de verre collectée, par exemple en région Midi-Pyrénées, arrive à Albi où se trouve une verrerie qui emploie environ 300 personnes. Nous sommes dans une région productrice de vin, une grande partie du re-remplissage s’effectue dans la région, il s’agit de circuits courts, ce qui n’est pas le cas de toutes les filières de recyclage pour des raisons de densification des tonnages, comme les plastiques. Dans certaines régions ces filières n’existent pas, elle se sont créées au fil de l’histoire mais nous avons à Bayonne (64) Regene Atlantique, une usine spécialisée dans le recyclage et la valorisation de bouteilles plastiques, qui produit des matières premières recyclées pour l’industrie. Nous avons vraiment fait le choix de développer la proximité c’est la force de notre dispositif. A l’autre bout de la chaîne il y a les industriels qui mettent sur le marché des emballages et assument bien sûr une responsabilité réglementaire mais que nous accompagnons pour travailler à l’éco-conception de leurs emballages.

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Le bonus-malus des entreprises
Les entreprises paient à Eco-Emballages un tarif de contribution, ce tarif est proportionnel au poids et au nombre d’unités de leurs emballages. Plus leur emballage est léger moins il est complexe, moins il leur coûte cher, plus leur emballage est simple ou compact moins il coûte également. Le recyclage est favorisé et valorisé. Depuis 2012 il existe un tarif d’éco-modulation, les emballages qui pénalisent le recyclage ont un malus (exemple un bouchon en céramique sur du verre pose problème, mais il peut aussi relever d’un choix industriel assumé). Cet emballage aura un malus de 50 % parce que ce bouchon, une fois à la verrerie, ne va pas fondre dans le four verrier et dans la fabrication d’ une nouvelle bouteille on verra bien l’incrustation du bouchon non fondu dans la bouteille. Ce choix de l’industriel pénalise ou surenchérit le recyclage. tri vos outils pour guider les consommateursAutre exemple les enveloppes craft, armées à l’intérieur avec des filaments, lorsque elles arrivent en papeterie dans un pulpeur, le papier sera dissout mais pas les bouts de ficelles ou fils métalliques qui vont s’enrouler autour du rotor, donc là aussi nous appliquons 50% de malus. Inversement, les entreprises ayant fait des efforts auront un bonus. Des efforts faits à double titre, par exemple une entreprise ayant allégé le poids ou le volume de son emballage à usage équivalent entre deux années, va obtenir un bonus de 8 % pour encourager l’éco-conception et par ailleurs les emballages portant un message donnant la consigne de tri, grâce au petit logo info tri point vert, auront également un bonus. C’est quelque chose que l’on souhaite encourager car ces efforts participent de l’éducation, de la sensibilisation à l’environnement.

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L’effort industriel en hausse
Ce que l’on observe c’est que l’industrie s’adapte pour faire de l’éco-conception. Certaines le font par choix, d’autres parce que les tarifs sont incitatifs, pour d’autres encore c’est un vrai positionnement marketing, un réel engagement, mais ce n’est pas toujours si simple. On nous parle de suremballage, c’est vrai qu’il y a du suremballage mais il y a parfois des évolutions suite à des demandes spécifiques de clients pour des raisons de durée de conservation, ou d’allègement (notamment en sucre ou en sel, qui sont quelque part des conservateurs). Dans ce cas précis, si on allège en sucre ou sel, ces emballages viennent compenser le conservateur manquant pour augmenter la durée de conservation. Ce n’est pas toujours évident pour les entreprises mais nous les incitons à réduire le poids, à réduire la taille et pour qu’elles s’améliorent nous mettons à leur disposition tout un panel de services gratuits, au titre de leur cotisation point vert, tels que le diagnostic en entreprise en 3 jours, ou encore une formation sur l’éco-conception à Paris.

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L’Europe encourage le pacte de responsabilité citoyen, les collectes sont-elles adaptées à nos modes de consommation ?Concernant le choix qui a été fait en France, les collectes sont assurées par les collectivités locales. Eco-Emballages les rémunère en s’appuyant sur un principe de coopération. Les collectivités se chargent de mettre la poubelle chez l’habitant, elles assurent la collecte, elles amènent au centre de tri ou à la verrerie… Elles ont fait leur choix, il y a 20 ans pour les premières, exemple en 94 on était à l’époque des sites pilotes d’Eco-emballages. Dans la région on a eu le Syded dans le Lot, le SICOVAL en Haute-Garonne, la communauté urbaine de Bordeaux, et l’on a appris en mâchant. Des choses bien ont été faites, et puis des systèmes ont été testés dont on sait aujourd’hui qu’ils ne sont pas très efficients. Donc on travaille toujours à l’amélioration et à la performance des organisations mises en place, et c’est l’enjeu aujourd’hui, en convergeant vers les systèmes les plus efficaces. Nous avons un vrai rôle de prescription. Sur Aquitaine et Midi-Pyrénées Eco-Emballages gère un peu plus de 100 contrats, donc nous sommes au cœur des bonnes pratiques, nous connaissons les coûts, et en marge de tout cela nous exerçons un travail de prescription vers les modèles les mieux adaptés, les plus efficaces c’est à dire ceux qui ramènent le plus de tonnage tout en étant les moins coûteux pour le contributeur, le consommateur car dans tous les cas c’est lui qui paye.

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Qu’en est-il de la tarification incitative ou la pesée des ordures ménagères, qui fait appel à l’effort individuel ?
C’est un principe qui permet de sensibiliser l’habitant puisque le coût est directement lié à l’effort accompli. La règle est simple, moins on produit moins on paye. En France la grande majorité du financement est assurée par la taxe d’enlèvement, qui elle-même est proportionnelle au foncier bâti et pas nécessairement à la quantité de déchets produits. Pour le geste de tri, la tarification incitative peut être intéressante puisque on encourage à mettre dans la poubelle jaune, les papiers et les plastiques, mais avec une vigilance tout de même, car le consommateur pourrait être tenté d’alléger sa facture d’ordures ménagères en les détournant vers la poubelle jaune. La pédagogie et surtout la sensibilisation sont essentielles. Certes, il faut inciter les gens à trier, mais en faisant le bon geste de tri.

Comment peut-on améliorer le geste de tri ?tri emballages
En 20 ans nous avons assisté à un formidable élan puisque nous en sommes aujourd’hui à 67 % de recyclage pour tous les emballages mis sur le marché. L’objectif réglementaire est certes de 75 % mais sachant qu’ il y a 20 ans il n’y avait presque pas de tri et de recyclage et que ce geste individuel n’est ni contraint ni obligatoire, l’évolution est plutôt louable.  L’an dernier nous avons lancé un questionnaire très poussé auprès des habitants, lequel a généré un certain nombre de questions et fait retravailler le sujet. En effet, ce baromètre (5500 questionnaires administrés par internet) montrait que 87 % des Composition de bouteilles et bocaux en verre transparentfrançais disent faire le geste de tri, mais lorsque on a creusé les questions en demandant notamment combien de fois les gens triaient (il y avait notamment des photos d’emballages et des choix de poubelles) seules 44% des personnes disaient trier systématiquement, autrement dit 1 français sur 2. Donc forts de ce constat nous avons mis en place un nouveau plan d’action pour conquérir de nouveaux trieurs systématiques. Les questions posées nous ont permis de dégager deux axes forts, le premier c’est que le trieur attend de la communication et de la sensibilisation à 2 niveaux : de la sensibilisation pratico-pratique (j’ai mon emballage sous les yeux, on m’explique où je le mets,… je suis devant un container d’apports volontaires de verre dans la rue, il me rappelle que je peux également y mettre mes pots et mes bocaux en verre…), donc le consommateur attend de la signalétique, mais il attend aussi de la sensibilisation pour être rassuré sur le geste de tri. En effet, 53% de français avouent qu’ils trieraient plus ou plus systématiquement s’ils étaient sûrs que tout ce qui est trié est recyclé. Ici en région, le soutien financier accordé aux collectivités n’est versé que si l’on nous remet le certificat attestant du recyclage. 
Il faut le faire savoir !

Les actions d’Eco-Emballages
Nous avons a fait une campagne sur internet qui s’appelle « suivez-moi », avec des petits films à l’appui. Nous avons par exemple filmé, dans le Tarn, le parcours d’un emballage pour montrer ce qui advient de lui entre le moment où on le met dans la poubelle et le moment où il est recyclé. Donc sensibilisation de proximité sur le 100% trié, 100% recyclé. L’autre axe concerne le dispositif. Donc il faut que ce soit facile et si c’est de l’apport volontaire, que ce soit attractif, donc au bon endroit, propre, bien pensé, sur les chemins de circulation afin de faciliter l’arrêt à proximité. Donc notre rôle est de continuer à optimiser les contenants, les poubelles, les dispositifs et de sensibiliser, communiquer autour de ces dispositifs.

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La France a longtemps fait l’objet de critiques et été jugée retardataire, comparée à ses voisins, qu’en est-il aujourd’hui ?
Il est difficile de se comparer à d’autres pays, car chaque pays obéit à des systèmes différents. Eco-Emballages en France, ne porte que sur les emballages ménagers. En France nous devons encore améliorer nos résultats en tonnes mais il faut aussi améliorer nos résultats d’un point de vue économique, c’est un peu notre fer de lance car Eco-Emballages est vraiment dans une logique où il ne faut pas opposer économie et écologie pour la durabilité du système. Il est vrai que les systèmes trop coûteux doivent être remplacés par des approches plus efficaces et qu’il existe beaucoup de disparité en France au niveau des coûts, que ce soit au niveau du verre ou celui des emballages légers, mais par exemple, en Haute-Garonne, nous avons fortement travaillé avec le SICOVAL pour que toute la collectivité collecte le verre en apport volontaire. C’est le système que l’on préconise car il permet de récupérer plus de tonnes et coûte 3 à 4 fois moins cher que le porte à porte.

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Peut-on imaginer le « sans emballage », dans le futur ?
Pour certains modes de consommation, oui. En revanche il y a d’autres usages où cela paraît moins évident pour des raisons de contraintes. En tant que Directrice régionale je suis aussi les industriels dans leurs démarches et leurs besoins et je trouve formidable d’avoir une vision globale de la chaîne du tri car c’est partager aussi les contraintes de chacun. Il existe les contraintes des collectivités locales, les contraintes de l’industriel. Un exemple avec la clé USB. Elle possède un emballage disproportionné au vu de sa petite taille mais qui pour des questions de visibilité, de lutte contre le vol, nécessite un emballage étudié en conséquence. Ce qui est important c’est de comprendre les contraintes de chacun, d’inciter chacun à s’améliorer sans être trop dogmatique.

Comment faire pour prendre conseil ?
En ce qui concerne l’accompagnement des collectivités locales, nous nous rencontrons régulièrement et organisons régulièrement des rendez-vous individuels. Eco-Emballages Laure PODDEVIN, Directrice Régionale Eco-Emballages Sud-Ouestintervient dans le cadre du conseil humain, de l’expertise. En revanche depuis 3 ans maintenant, nous avons mis en ligne divers outils destinés à la sensibilisation de masse. Sur notre site Eco-Emballages, vous trouverez une plateforme intitulée Trions + avec des outils accessibles pour tous (collectivités, particuliers, associations…), personnalisables selon les besoins et que l’on peut éditer sous forme de PDF. Sur cette plateforme on retrouve plusieurs supports mais aussi des kits méthodologiques pour l’habitat urbain, sur verre, les campings, les festivals (autocollants, dépliants, plans, articles de presse). Nous proposons également tout un accompagnement pédagogique à destination des enfants qui s’appelle éco-Juniors, une petite BD utilisée par les enseignants, une mallette appelée Tri master (jeux). Nous sommes en train de refondre tous ces espaces sur notre site pour créer du lien entre eux, améliorer la démarche pédagogique des enseignants. En région nous travaillons beaucoup sur la sensibilisation, nous développons des outils accessibles à tous mais avec les bonnes sources, les informations appropriées, les bons outils pour communiquer.

 Liens
Site Eco-Emballages
 Actu
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