Geneviève Azam dénonce les impasses de la toute-puissance

Par Christian Moretto (TVSOL -Radio Occitanie)

Geneviève Azam est maître de conférences en économie et chercheuse honoraire de l’université de Toulouse II. Depuis plusieurs années elle milite au sein de mouvements altermondialistes et écologistes. Elle vient de publier un ouvrage qui nous interpelle « Osons rester humain. Les impasses de la toute-puissance » chez Les Liens qui Libèrent.

AzamMais, justement, reste-t-il une humanité dans un monde où la toute puissance des dirigeants des transnationales mènent le monde à sa perte ? « Il existe une humanité concrète, elle est menacée par le changement climatique par la réduction de la biodiversité, par des inégalités sociales absolument monstrueuses quasiment inimaginables. Elles fragilisent le sentiment d’appartenir à une communauté humaine. C’est cela dont je traite dans le livre. Bien souvent les réponses qui sont données mettent en avant la toute puissance humaine au lieu de prendre acte de la fragilité des sociétés, des écosystèmes, voire celle des humains ».

Ne pas dépasser les bornes
Alors que la spéculation bat son plein, que le virtuel prend parfois le pas sur le réel, les dérèglements climatiques s’emballent. Le réchauffement de la planète est inéluctable, mais pourrait-on le limiter à deux degrés ? « Nous prenons enfin conscience que nous ne sommes pas maîtres de toutes les conséquences de nos actes, donc il s’agit d’agir sur les causes. Certains équilibres du système terre nous dépassent totalement. Si nous agissons pour les modifier, cela peut-être extrêmement dangereux. Ce sont tous les projets de la géo-ingénierie. Au lieu de vouloir toujours dépasser les bornes, il s’agit peut-être de prendre acte de ces bornes de manière démocratique. Décider ensemble de comment nous allons vivre librement à l’intérieur de celles-ci. La liberté qui consiste à franchir de nouvelles frontières n’est pas véritablement la liberté, parce que c’est celle de plonger dans un précipice. Donc, nous avons à prendre acte, c’est ce que j’ai voulu développer dans Osons rester humain ».

Alternatiba en marche
Geneviève Azam évoque l’initiative du mouvement Alternatiba et du Collectif pour une Transition Citoyenne « beaucoup d’expériences manifestent justement cette conscience d’une humanité concrète. Ils veulent faire de cette fragilité une force, au lieu d’en faire un manque à combler, une erreur de la nature à réparer par des technologies toujours plus délirantes. C’est l’objet de mon livre et de nombreux mouvements sociaux se mobilisent et prennent acte de ces limites qui nous sont données. Alternatiba est un mouvement citoyen et collectif qui s’est créé autour de la valorisation des alternatives concrètes pour répondre aux causes est aux conséquences du changement climatique ». Elle parle des grands projets inutiles comme ceux d’aéroports, de grands barrages, de lignes de TGV, de grands centres commerciaux. « Ils font naître un véritable investissement de citoyens qui prennent conscience que tout à coup, on est entrain de détruire leur milieu de vie et donc leur vie. Si bien que nous avons aujourd’hui tout un fourmillement carrefour d’expériences qui ne sont pas anodines, ni anecdotiques qui réinvestissent des terrains abandonnés. On se rend compte que des dynamiques sociales et environnementales se croisent ».

Résister
Elle ajoute « aujourd’hui nous avons à tirer la force de résister pour protéger ce quelque chose qui nous échappe, au lieu qu’il soit capturé par des firmes transnationales. Ce que je voulais également signifier dans ce livre, c’est qu’il y a déjà de l’irréversible. Le changement climatique est une réalité, ce que nous pouvons faire, c’est le freiner en prenant conscience que nous ne pouvons négocier avec la planète ».
L’auteure pointe la suffisance de certains dirigeants qui pensent dominer les éléments et mettre au pli la nature en l’asservissant comme ils pourraient asservir l’humanité. Elle dénonce cette dérive qui consiste à robotiser l’humain en lui faisant croire que c’est la résultante du progrès. Un ouvrage à lire avec attention, tout comme « Alternativez-vous » paru chez Les Liens qui Libèrent.