Kokopelli « Des semeurs de vie » au service de la biodiversité »

Kokopelli est une association fondée en 1999 par Dominique et Sofy Guillet. Initialement située dans l’Allier, ils sont désormais installés dans l’Ariège, à proximité du Mas d’Azil. Leur action militante rassemble depuis près de 20 ans tous ceux qui œuvrent pour la Libération de la Semence et de l’Humus et la Protection de la Biodiversité alimentaire.

Ils possèdent à ce jour une collection absolument  unique de plus de 2200 variétés de semences, parmi lesquelles on peut dénombrer 1700 variétés de plantes potagères, céréalières, médicinales, condimentaires et ornementales mais aussi des centaines de variétés très peu cultivées ou connues, ou même en voie d’extinction.

Conscients depuis fort longtemps de la nécessité de ramener le monde à son essentiel, les semences en étant l’une des bases fondamentales de notre survie si l’on considère la chaîne alimentaire, ils ne se contentent pas d’essaimer leurs belles pensées, de partager leur regard posé sur le monde et ses nécessités, ou encore de se limiter à un simple constat. Ils agissent très concrètement pour que chacun prenne la pleine mesure des enjeux majeurs garants de l’équilibre et de la vie sur notre planète, et pour lesquels nos choix et actions seront déterminants.

Des actions Kokopelli en initie justement par delà les frontières, avec notamment des campagnes solidaires telles que « Semences sans frontières » en faisant don de semences fertiles aux communautés paysannes des pays pauvres afin qu’ils puissent retrouver autonomie et dignité sociale. Mais tous ces engagements seraient bien limités sans le soutien de ceux qui œuvrent pour une cause commune, aussi ont-ils lancé des campagnes de parrainage.

Et si nous transformions nous aussi notre jardin en refuge de semences libres ! Une manière de cultiver notre jardin, comme dans le Candide de Voltaire, et dont la métaphore nous encourageait déjà en 1759 à travailler à l’amélioration du monde.

Comment Kokopelli y contribue-t-elle. Nous avons posé la question à Ananda Guillet, Directeur technique chez Kokopelli.

Votre association maintient une collection planétaire unique de plus de 2200 variétés, quelles sont ces variétés et comment procédez-vous ? La particularité c’est que nous n’avons aucun hybride F1, aucun OGM, on en travaille qu’avec des variétés qui appartiennent au domaine public, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas de brevet. Toutes ces variétés sont reproductibles. Elles sont non inscrites au catalogue officiel du GNIS (groupement national et interprofessionnel des semences et des plans). Nous travaillons essentiellement avec des jardiniers amateurs. En France nous avons encore la chance d’avoir une culture de jardinage qui reste assez présente. Pour nous la solution ou du moins  une partie de la solution réside dans l’autonomie à petite échelle. Une autonomie alimentaire au sein du jardin familial.

Il est question à Kokopelli de Semences potagères et aromatiques Bios, libres de droit et reproductibles (non-hybrides F1 et non-OGM). Expliquez-nous ce « libres de droit ». Libre de droit fait justement référence au fait qu’elles ne soient pas inscrites au catalogue et qu’elles appartiennent au domaine public. On a par exemple 1200 à 1300 variétés en stock dans la liste « Boutique », mais on a encore 800 variétés dans la gamme collection qui sont reproduites par les adhérents, eux-mêmes

Kokopelli est constituée d’adhérents et de militants, qui dit militant dit qu’il y un combat à mener . Quel set le vôtre ? C’est la préservation des variétés anciennes, des variétés libres et reproductibles et surtout la préservation du droit à utiliser ces variétés. Et puis il y a la sensibilisation du grand public. L’aspect semence est ignoré depuis tellement longtemps que les gens ne savent plus du tout ce qu’est une semence, en tout cas dans nos civilisations occidentales, car si l’on va en Amérique Latine ou en Afrique ou dans certains pays d’Asie, on voit qu’ils n’ont pas oublié la valeur de la semence contrairement aux occidentaux. Nous avons malheureusement oublié que derrière toute production il y a une  a une semence … Il serait  bon de se rappeler ce cheminement.

Kokopelli  défend le naturel, mais qu’en est-il de l’agriculture biologique en 2014 ?
Pour donner un exemple concret et simple, en France 95% de l’agriculture bio tourne aux hybrides F1*. Si on prend le cas des melons, 50% des semences de melons sont produites par Monsanto, ce qui signifie que lorsque vous achetez un melon bio vous mangez une fois sur 2 un melon de Monsanto. Là nous venons de parler des produits frais, maintenant si vous prenez les produits transformés, allez acheter n’importe quel paquet de gâteau et regardez la marque, ensuite allez sur internet… nous l’avons fait, regardez sur le site de Kokopelli, il y a un article qui s’appelle « la bio piratée »,  prenez ce paquet de biscuit regardez la marque, puis regardez les filiales et vous verrez. Généralement 50% des produits nous ramènent à des filiales aux USA, cotées au Nasdaq.  Il y a bien des lobbies derrière. Certes il y a les pesticides en moins c’est déjà ça de gagné car les pesticides sont  source de cancer, mais les grandes cultures de bio sont produites par des groupes qui ont senti le filon, ce qui permet d’accéder à du bio peu coûteux. En Allemagne, par exemple, on en trouve même dans le hard-discount. Dès lors que le bio passe par le filtre des lobbies oui le bio est en danger.

 Vous agissez au niveau international de manière solidaire, notamment grâce aux adhésions qui servent nombre de vos actions. Qui bénéficie de votre aide ? Oui le montant des adhésions part pour moitié sur la campagne « Semences sans frontières » et depuis son lancement en 2000 nous avons expédié plus de 1500 colis de deux à trois kilos chacun, ce qui représente des centaines de kilos de semences libres variées. Et puis nous joignons les fiches techniques pour que les communautés rurales arrivent à regagner leur autonomie, leur liberté sociale, leur droit d’accès à des vraies semences. Si dans les pays occidentaux nous avons la chance d’avoir accès aux bouquins, autrement dit à la « connaissance », ce n’est pas toujours le cas dans des pays défavorisés qui ont perdu toute leur biodiversité. Les multinationales n’y sont pas étrangères, d’un côté elles exploitent les richesses du pays et de l’autre elles affament. Sinon nous sommes présents dans plusieurs pays notamment en Amérique latine, en Inde, en Suisse, en Belgique.

 Qui vient chez Kokopelli ?
Tout le monde, on a 8500 adhérents et ces adhérents sont des militants de la cause mais on a une base de 53 000 clients sur internet avec énormément de gens de tous bords. Les jardiniers ont maintenant envie d’avoir un accès à de la vraie semence, donc ils viennent chez Kokopelli pour y avoir accès car c’est l’un des seuls endroits où on peut trouver une telle diversité.

Comment peut-on soutenir vos actions et pour quelles finalités ?
Clairement en adhérant. C’est un moyen de dynamiser la vie associative tout en participant au financement de notre campagne « semences sans frontières » Cela nous aide aussi à affronter quelques procès d’intention comme c’est souvent le cas lorsque on dérange. Et puis et surtout cela nous aide au niveau du fonctionnement et du développement de la structure.

NM

 

Lien
Kokopelli  www.kokopelli-semenses.fr

 

* F1 signifie « fécondation 1 » ou « fratrie 1 », ou, tout simplement, « génération 1 ». Cette mention indique que les graines ou les plants correspondent à la première génération issue d’un croisement entre 2 individus (ou 2 populations) de lignées pures, c’est-à-dire « de variétés pures ». En ne donnant qu’une seule génération prolifique, l’hybride F1 va mettre un verrou biologique à la pratique paysanne créatrice de biodiversité