Octobre  2014 – Le Billet de Maurice Thybert


Selon l’Insee, la France compte plus de 8 millions de personnes considérées comme pauvres. Et le sondeur ne parle pas de ceux qui vivent une autre dimension, plus grave : la misère… Ces 8 millions de personnes vivent avec moins de 954 €uros par mois par personne. Peut-on là parler pauvreté ou misère ?

Certes l’on affirme ici et là, que ce sont les conséquences de la crise qui en sont à l’origine. Oui pourquoi pas !  Dans un système bâti sur le seul profit, il est évident de concevoir qu’il en est qui savent se servir et desservir par voie de conséquence les plus fragiles… Alors oui pareil système ne peut que révéler ce qu’il porte déjà en lui-même : la crise. Il est en effet, en lui-même, vicié et génère les corruptions qui lui sont attachées : l’injustice, l’exploitation de l’homme par l’homme, la violence, et la misère… et j’en passe.

Parmi les causes de l’appauvrissement on a parlé « crise » et « système économique ». Mais d’autres causes président à l’appauvrissement de ces 8 millions de concitoyens, un flagrant manque de solidarité… Et à y regarder de plus près, l’on ne peut que constater combien le système du profit a pénétré toute la société et pratiquement toutes les couches de cette société, mise à part, peut-être, celle qui, – je parle des pauvres évidemment – mise à part, disais-je la catégorie qui apparaît devoir être « corvéable à merci » et ce, jusque dans sa dimension mondiale… Et il n’est pas rare de voir ici et là cette démarche devenue quasi habituelle de s’imaginer quel profit on va pouvoir tirer de l’autre, et bien évidemment, le plus faible se voit céder devant le plus fort, devant le plus malin, le plus pernicieux. Et dès que vous passez à l’économie nationale et mondiale on a tôt fait de voir qui tire les marrons du feu : ceux qui ont placé l’argent comme seul horizon de leur vie et qui, prisonniers de cet attachement, inlassablement poursuivent d’engranger leurs moissons dans leurs greniers… au détriment le plus souvent des plus faibles, quant ce n’est pas dans l’exploitation qu’ils en font… Ceux-là sûrement ignorent déjà la sagesse populaire qui affirme que « l’on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard ».

Cette sagesse populaire ajoute aussi que « l’argent est un mauvais maître », en ce sens qu’il ne cesse d’exiger plus, et toujours plus, ne vous laissant aucun repos, aucun répit. L’argent n’a pas cette franchise bienveillante dans les yeux, il a le regard torve qui suppute par quel tour de passe-passe il va vous délester de votre bourse… Mais voilà, à la criée : « la bourse ou la vie »… Et lui, l’argent, s’imagine quant à lui, qu’ainsi pourvu du vol qu’il vient de faire, sa vie sera plus belle… La bourse, ce n’est jamais la vie . La bourse a besoin de coffres. Et nous y revoilà : prisonniers de ce maître insatiable qu’est l’argent. La vraie vie est dans la liberté, cette liberté qui fait que, détachés de nos biens et de nous-mêmes, nous devenons disponibles pour les autres, mieux nous pouvons nous donner à la solidarité et au partage. Maurice Zundel écrit : « Tout ce qui est au-delà du nécessaire, pour nous comme pour tout le monde, revient en droit naturel aux autres. »

 

La pauvreté analysée par l’observatoire des inégalités : les chiffres