Juin 2014 – Le Billet de Maurice Thybert

« …Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté » (Paul Eluard)

Personne ne me dira que la liberté n’est pas le bien le plus indispensable, le moins contestable pour donner à sa vie les contours qu’on lui souhaite … Et il n’a rien de plus normal que de revendiquer sa liberté… Mais de quelle liberté parlons-nous ? De celle qui autorise des choix. Evidemment ! De celle que l’on nomme « liberté » d’expression » ! Pas de doute ! Et l’on pourrait ainsi développer les innombrables domaines où la liberté peut s’exercer… Liberté de voyager, d’émigrer et j’en passe…

La liberté est donc un bien. Mais de quelle liberté parlons-nous ?

La conception de la « Liberté » dans notre occident est de type libertaire, en ce sens que chacun peut faire ce qui lui plaît ou à peu près et dans tous les domaines pourvu qu’il n y ait pas de trouble de l’ordre public, parce qu’en Occident la valeur première et unique se nomme « Sécurité ».. Cette démarche libertaire se meut à peu près partout et, avec une outrecuidance surfaite, revendique que le législateur aménage le monde en sa faveur, en attendant de lui demander aussi s’il ne serait pas possible d’inverser les processus naturels.

Mais la liberté est elle libertaire ? Je ne le crois pas… Le libertaire fait ce qu’il veut. Fait-il toujours bien en agissant ainsi ? Ou alors la conception de la liberté qui suppose un choix porterait en elle son malheur en se donnant la possibilité du mal. La liberté peut-elle prétendre à faire mal ? Leconte de Nouy affirmait que « la liberté n’est pas un privilège mais une épreuve. » (« L »homme et sa destinée »); autant dire que ceux qui entendent user de leur liberté à bon escient se devraient de passer à l’épreuve leur projet avant de les traduire en actes… La liberté, authentique évidemment, est cette capacité que nous avons de faire des choix qui humanisent et grandissent, tant ceux qui les font que ceux à qui ils sont destinés. Cela change tout !

Et il est éprouvant de ne pas blesser l’autre. Et s’il est vrai que l’on peut tout critiquer quand il s’agit de faire gagner en humanité son interlocuteur, à coup sûr dans la manière de lui exprimer un désaccord, il y aura aussi une forme d’humanité, …délicatesse et respect l’inciteront ainsi à entamer une autre démarche. Mais dénigrer pour dénigrer relève de la Loi du Talion ; rien d’étonnant dès lors que l’autre rue dans les brancards. Avec le « Tu me frappes, je te frappe ! », on n’en finit pas de se frapper.

La liberté est de fait une épreuve et elle ne devient privilège que parce qu’elle est une épreuve… sinon le reste du temps l’on demeure prisonnier, esclave de ses humeurs, de ses rancœurs etc… Il y a déjà beaucoup à faire à se libérer de soi-même  « à conquérir notre liberté »(Maurice Zundel).