Le secteur coopératif et l’humanisme

Juillet 2014 – Le Billet de Maurice Thybert

Le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire se développe de plus en plus dans notre pays. Certes depuis les Ateliers nationaux de 1848 auxquels participa Lamartine, les choses ont bien évolué. Il n’est pas dit cependant qu’un certain nombre de structures de l’Economie Sociale et Solidaire vivent aujourd’hui la tentation d’une économie libérale dans un secteur dont l’objectif est prioritairement la coopération, la participation de tous à l’entreprise.
Mais heureusement bien des structures de l’Economie Sociale et solidaire portent en elles un désir d’un plus grand humanisme dans tout ce qui touche au travail. Faire que chaque membre d’une entreprise en soit responsable apparaît être le chemin idéal pour établir une nouvelle conception des relations dans le travail. Faut-il considérer aujourd’hui que le travailleur n’est pas fait exclusivement pour produire des choses mais d’abord et surtout pour se faire Homme. Et qu’y a-t-il de mieux que la responsabilité pour faire l’Homme ? Toutes les structures de l’Economie Sociale et Solidaire portent-elles ce souci ? Je ne saurai l’affirmer.

Reste que j’ai été frappé par la parole du président d’une importante Scop de notre région qui compte quelques 2000 personnes. Lors du 40ème anniversaire de cette Scop, le président, répondant aux questions de TV-Sol, affirmait : « Ce qui nous différencie des entreprises traditionnelles, c’est notre attachement à l’homme plutôt qu’au capital, qu’au rendement financier… » Et pour accréditer ses propos ce même président déclarait avoir mis en place une « Direction de la Communication et de la vie participative » et dont le responsable est chargé (je cite) « de vérifier que toutes les décisions qu’on peut prendre ne soient pas en contradiction avec nos valeurs d’humanisme ».
Comment ne pas se réjouir de voir pareille création dans l’entreprise dont le but revient à vérifier que l’homme, que l’humain ne soit pas en souffrance dans son travail ? Il n’est que de rêver de voir surgir ici et là le même type de structure pour l’épanouissement de l’homme au travail : « Il est évident qu’une réforme du travail comme celle-là suppose toute une organisation de l’école, toute une éducation entièrement nouvelle et axée sur les valeurs humaines. Il ne s’agit pas d’abord de fabriquer des machines, des êtres capables de rendre service mais de former des êtres capables de se gouverner, capables de vouloir de toutes leurs forces, la dignité humaine, pour eux comme pour les autres, et de s’y consacrer avec toute leur générosité. » ( Maurice Zundel « Pierres de fondation » aux Editions Anne Sigier)