Septembre 2014 – Le Billet de Maurice Thybert

Le centenaire de la mort de Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914, n’a pas manqué de susciter ici et là de nombreux héritiers de sa pensée, tant à gauche qu’à droite.  Un siècle où, je ne sais pour quelle raison on a occulté les fondements mêmes de la pensée de Jaurès et notamment un article écrit au cours de l’été 1891, article intitulé : «  La question sociale, l’injustice du capitalisme et la révolution religieuse »… article qui ne fut jamais publié. Dans l’édition 2011 des œuvres de Jaurès (Ouf!), il y trouve en fin une place méritée. Quelle est donc la thèse que développe Jean Jaurès  (je le cite) : «   je ne conçois pas, affirme-t-il, une société sans religion, c’est-à-dire sans des croyances communes qui relèvent toutes les âmes en les rattachant à l’infini d’où elles procèdent et où elles vont. » (fin de citation).

Et ailleurs Jaurès ajoute : « Je crois au surnaturel (…) à quelque chose au-dessus de ce que nous percevons ; je crois à un Dieu vers lequel le monde se dirige » (L’Arrière-pensée de Jaurès » de Henri Guillemin.)…. Simplement déiste… Peut-être simplement… Anti-clérical et combattant intraitable de la laïcité, à n’en pas douter ! Reste que – et c’est le plus dommageable, ses successeurs ont fait abstraction de la dimension spirituelle de l’homme… Et je pense au grand dam de la société tout entière.

jaures-livreEt c’est aux auteurs du livre « Jaurès le prophète » aux Editions Albin Michel que je dois mes conclusions (je cite) : « Oui Jaurès fut prophète de cet humanisme démocratique et de la spiritualité qui lui est inhérente ; elle qui se trouve désormais pratiquement oubliée en politique, voire niée, et que seuls rappellent quelques visionnaires comme le militant Jean-Baptiste de Foucauld, l’agronome et activiste Pierre Rabhi ou la philosophe Agnès Antoine… » (p  280) « Oui, Jaurès fut frappé par le sens de l’Evangile, par le visage de Jésus, mais dégoûté par les déviances du cléricalisme… Résultat il n’a pas saisi ce qui permet, depuis 2 millénaires, de transmettre le cœur du message chrétien, celui qui justement met en défaut l’institution elle-même, quand elle dérape. Il n’a pas vu que sa propre religion, toute spirituelle, restait bien abstraite ; qu’elle n’avait pas de corps, et ne pourrait donc s’enraciner dans la société… Que sa subtilité en faisait une voie élitiste pour agrégé de philosophie, alors que le génie de la religion est justement de pouvoir relier les doctes et les simples dans une même vision du monde ». (p 285-286)

« Que faire alors… à l’heure où l’alliance de l’économisme, du cynisme et du laïcisme rend impossible toute mention d’un idéal un peu élevé dans l’arène médiatico-politique ? Peut-être simplement rappeler qu’il fut un temps… où Jaurès le chef de file des socialistes pouvait parler de Dieu à la Tribune du Parlement pour mieux servir la République. » (fin de citation)

A lire « Jaurès le Prophète » de Eric Vinson et Sophie Viguier-Vinson aux Editions Albin Michel