Maladie de Lyme : On ne nous dit pas tout !

Viviane Schaller est docteur en pharmacie, biologiste. Elle a dirigé pendant plus de 25 ans le laboratoire d’analyses biologiques Schaller à Strasbourg. Elle vient de publier chez Thierry Souccar « Maladie de Lyme, l’épidémie qu’on vous cache ». Rencontre…
«Je suis biologiste depuis plus de 30 ans, j’ai beaucoup aimé mon métier et j’ai énormément dialogué avec les patients pendant les prises de sang. Pour moi, c’était une source de renseignements précieuse. Un laboratoire a pour objectif de faire un diagnostic à partir d’un prélèvement et cela permet au médecin d’obtenir des informations sur le mal dont souffre la personne et d’orienter le choix du traitement. On sait que la maladie de Lyme est une infection très complexe qui se manifeste à travers huit cents symptômes». Par conséquent le laboratoire joue un rôle essentiel dans la découverte ou pas de cette maladie qui peut être handicapante pour le patient si elle n’est pas traitée à temps. La biologiste s’est aperçue que le test homologué en France, à savoir l’Elisa passait dans plus de la moitié des cas à côté du diagnostic. Elle décide alors d’utiliser un test plus performant, le Western Blot qui semble plus adapté que celui utilisé en France. Et les soucis vont s’acculer pour la biologiste jusqu’à la fermeture administrative le 31 mai 2012 par une ordonnance du ministère de la santé.

Viviane-SchallerIntérêt du malade contre intérêt industriel
Dans cette affaire nous pouvons nous interroger quant à la décision prise par des instances responsables de santé, voire la Caisse Primaire d’Assurance Maladie. Servent-elles les malades où sont-elles sous l’influence de spécialistes inféodés à des intérêts financiers ? E-volutionsmag pose la question. La maladie de Lyme est essentiellement transmise par les tiques « Il y a actuellement une véritable pandémie qui s’est développée pour cette borréliose de Lyme parce qu’il y a une explosion du nombre de tiques dans le monde. Cela est dû au réchauffement climatique et à la déforestation notamment, mais aussi à l’utilisation des pesticides, des fongicides, aux pluies acides… On peut également évoquer la diminution du nombre de vaches et de poules en liberté qui captaient les tiques et nous protégeaient, sans oublier la diminution des prédateurs comme les renards qui mangent les rongeurs, la diminution des oiseaux» précise Viviane Schaller.
La biologiste a utilisé le test Elisa par obligation, mais également le Western Blot ce qui lui a valu d’être aujourd’hui dans une véritable bataille juridique « Elisa était malheureusement faillible deux fois sur trois, le Western Blot est beaucoup plus performant. Cela a fait tache d’huile en France et de nombreux médecins ont fait appel à mon laboratoire pour ce protocole. Les médecins se sont alors rendu compte de l’importance de cette maladie en France. Cela a déplu aux experts du Centre National de Référence des Borrélia qui se situe à Strasbourg. Ils se sont énervés, m’ont critiquée, mais les médecins ont continué à faire appel à mes services. Comme ils ne sont pas parvenus à me discréditer, ils ont fait appel à la CPAM et à l’ARS avec pour objectif de fermer mon labo. C’est ce qui s’est produit en mai 2012 du jour au lendemain. »

Des soutiens bienvenus
Face à ces attaques menées par des experts et des établissements publics qui paraissent défendre des privilèges, Viviane Schaller est soutenue par des malades qui s’organisent à travers l’association Lyme sans frontières. Le professeur Luc Montagnier est également à ses côtés tout comme le docteur François Lallemand. Le pot de terre pourra-t-il déstabiliser le pot de fer ?
Le dernier espoir de la biologiste repose sur l’information médiatique. Le Haut Conseil de Santé publique, qui est un organisme très influant a réuni pendant une année entière des experts indépendants, des médecins de terrain… Ils ont essayé de trancher sur cette question des tests de dépistage. Ils ont reconnu que ces derniers étaient non conformes aux exigences deux fois sur trois et que certains tests étaient beaucoup plus fiables. Et d’autre part que les tests directs où l’on recherche les borrélies elles-mêmes l’étaient encore plus. C’est ce que j’ai pratiqué durant les dernières années »
La justice sera-t-elle rendue en faveur de celles et ceux qui se préoccupent de la santé des patients?
En attendant des centaines de milliers de personnes pourraient être atteintes de la maladie de Lyme et l’ignorent.
Plus la découverte du mal est précoce plus les chances de guérison sont grandes. Plus la maladie de Lyme s’installe plus les conséquences sont graves voire handicapantes.
Affaire à suivre…

 

Christian Moretto journaliste à E-volutions, Radio Occitanie et TV SOL