Mais quel rock m’a piquée ? Ma mémoire est restée intacte et si le sommeil me prend je saurai bien retrouver, au fil de mes souvenirs électriques, la piste qui mène au pueblo du chicano Carlos ; là où des odeurs d’ambre et de Téquila mordent la poussiéreuse Chula Vista qui conduit à Tijuana.

Bienvenue au pays des légendes. Ici rien n’a changé, des hommes aux allures de latins jouent à perdre haleine quelques hymnes au soleil et à la terre brûlée…

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L’âme d’un Latino

En près de 40 ans de carrière, l’incomparable « Devadip » Carlos – entendez par Devadip,  l’oeil, la lampe, et la lumière de Dieu – n’a cédé ni à la tentation des rythmes faciles, ni vendu son âme de musicien aux démons. Quels que soient ses temps de silence il fait mouche avec la même efficacité ! Et pour marquer son retour, il programme  en 2014/2015 une tournée, précédée  d’un enregistrement live à Mexico. La tournée, hélas limitée aux Etats-unis, s’est néanmoins enrichie d’un nouvel album symboliquement appelé « Corazón« . « Un coeur habité par la compassion, la clémence et le pardon » explique t-il, »pour le meilleur de la vie, des gens et de notre planète« . Mais mine de rien « Carlino » ajoute deux faces supplémentaires à la légende vinylique et numérique de ses 47 albums en 45 ans de carrière. Virtuose de la guitare, Santana est un stratège et règne toujours en maître sur son empire latino-rock aux divagations jazzy. Avec le « Corazón tour« , nous assistons au retour de l’un des grands de la pop music et du jazz réunis. Bonjour Woodstock revival !

 

Mi Corazón

Mais que nous apprend ce coeur venu battre la chamade ? Sur son site, Santana nous livre une part de son inspiration « God has created a circle of light and love so vast, no one can stand outside of it » (Dieu a créé un cercle de lumière et d’amour si vaste, que personne  ne peut y échapper). Carlos Santana ne s’ est jamais soustrait à cette mission humaine et diffuse depuis des années ses messages d’amour et de liberté à des milliers d’aficionados fébriles et fidèles. Sa générosité légendaire, (il est à l’origine de la Milagro foundation pour porter assistance aux enfants en détresse) s’exprime une nouvelle fois dans une tournée et un album Corazón, offrant les pulsations vibratoires d’un coeur rythmé par un sens inné du partage sur fond de légende vivante.

Connu pour ses bouillonnantes exécutions, Carlos joue encore la carte du trompe ennui-cache misère, un peu à l’image des murs trompe-l’oeil qui jalonnent sa Californie d’adoption. « Ce qui est essentiel, dit-il, c‘est d’aider mes enfants, les enfants de tout le monde à aiguiser leur conscience, de façon à ce qu’ils ne soient pas blessés comme nous l’avons été ».

L’ojectif de Santana c’est la musique, sa stratégie, la diversion et sa tactique, rompre avec la tradition. Il a compris depuis bien longtemps qu’il était primordial de se donner les moyens de ses objectifs, de convaincre plutôt que de s’imposer et de s’insinuer plutôt que de choquer. Au bout du compte, la potion reste magique, même si la pilule à avaler semble parfois douce-amère à l’image de la vie : « les choses ont l’air lugubres à l’heure actuelle, mais il reste des valeurs qui valent la peine qu’on se lève le matin et que l’on vive« .

carlos2Mais où veut-il en venir au juste ? Certes, son âme militante exulte toujours sous ses doigts agiles. Il demeure un grand guitariste, un tribut payé au rock, régénéré semble-t-il par la constance de ses fidèles et de collaborations inaltérables, dont Juanes ou ses musiciens d’origine présents sur le dernier album.

L’héritage latin

Son aventure musicale n’a pas fini de surprendre. Santana se promène en virtuose dans un microcosme où les paysages nous entraînent du rock au funk en passant par le jazz, le blues ou les sons latinos de Corazón. Après Guitar Heaven (2010) et Shape Shifter (2012), ce nouvel opus – interprété en espagnol – a été enregistré à Las Vegas par Mester Mendez, co-produit par Clive Davis, avec la collaboration d’autres artistes de la scène latine comme Elan Atias, Chocquibtown, Lila Downs, Gloria Estefan, Juanes, Miguel, Fher Olvera (of Mana), Niña Pastori, Samuel Rosa (of Skank), Cindy Blackman Santana, Salvador Santana, Romeo Santos, Soledad, and Diego Torres.

Le produit final est une compilation pop Latino de bonne facture dont l’accent principal porte sur des refrains répétitifs et des mélodies de cuivres. Des chansons comme « Mal Bicho » et « Margarita » revisitent l’influence des origines. Santana va à la rencontre de ses racines et nous invite dans un univers multicolore dont il a le secret.

Mais où nous entraîneront donc les tribulations délirantes et boulimiques de ce guitar-héros ?

NM

 

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